Mentions légales | Taille des caractères |

Salle de lecture

Administrées par le Département du Doubs, les Archives départementales sont installées depuis 1986 dans le quartier de Planoise, dans un bâtiment fonctionnel et spacieux à quelques minutes du centre de Besançon.

Les Archives sont ouvertes librement à toute personne souhaitant effectuer des recherches ou simplement rechercher une information.

Halte péage !

Le fonds du Bureau des finances de l’Intendance de Franche-Comté, en cours de récolement, recèle sous la cote provisoire C vrac 96 deux documents de grand format, l’un intitulé « Tarif du péage de Joux ou du Chaffaut » (0,85 m x 0,69 m) et l’autre « Calculaire du grand péage d’Augerans » (0,68 m x 0,44 m).

Ces documents sont extraits des registres de la Chambre et Cour des comptes, aides, domaines et finances du Comté de Bourgogne à Dole. Il s’agit de copies de documents plus anciens (1580 pour Joux et 1586 pour Augerans, le calculaire d’Augerans faisant même référence à des lettres patentes du comte Othon IV de 1294) - ce qui peut d’ailleurs expliquer certains termes déjà passés de mode au XVIIIe siècle, voire quelques graphies curieuses qu’on peut attribuer à des erreurs du copiste : au XVIIIe siècle comme aujourd’hui, on peinait à lire les écritures du XVIe siècle ! Les tarifs ont été  produits lors d’un procès intervenu entre le fermier des domaines du roi et les habitants de Jougne, La Ferrière-sous-Jougne et des marchands de Vallorbe au sujet du paiement des droits de péage sur les blés et grains. La procédure s’est terminée par un arrêt de la Chambre des Comptes de 1767.
Ces documents ont été produits afin d’éviter les abus. Les fermiers et amodiateurs, en effet, « se faisaient payer en diverses manières et comme bon leur semblait ». Il était donc prévu que des duplicatas soient apposés à tous les carrefours de Dole (pour Augerans) pour être vus par les passants et repassants « à ce que personne n’en puisse prétendre cause  d’ignorance » (Joux). Suit pour chaque péage un tarif détaillé : 57 cas prévus pour le péage de Joux et 55 recensés pour celui d’Augerans ! Le prix à payer varie selon la nature des marchandises : objets artisanaux, denrées, animaux ou simple passant, donnant ainsi une idée des échanges commerciaux existant à cette époque en deux points géographiques de la province, le bas pays et la montagne.

peage_joux_c-vrac-96-002_pt.jpgtéléchargez le document
o C’est ainsi que pour Joux est notamment prévue une taxation spéciale pour les charges de sel, le cheval de prix et celui chargé de poisson, juments, poulains, bœufs, vaches, porcs, brebis, la bousse de vin, le cent de suif, le cuir de bœuf, le maréchal ou autre passant portant fers ou autres ouvrages à vendre, une tonnette, une filette de harengs, le cent de fèves, une chieure d’huile, un fournet de couquelles (cocottes), une ache, la poix, le balon d’acier, une lanterne, un lièvre, une peau d’ours ou autres sauvagines, un cent de fer, un trantenier de mouton, une aulne de drap, un balon de pierres à faux et un balon de rix de cent livres, un cent de cuivre, le chariot ordinaire et les gros chariots d’Allemagne, une bosse de châtaignes du pays, un cheval chargé d’armes, une mole ( meule) de pierre non percée et une meule de moulin, un cent de faux, un lit de plume, un pot de terre plat, un cent de laine, l’âne chargé de mercerie, le mulet ou le cheval chargé de marchandises venant de Milan, Genève ou autres lieux, les fruits locaux (pommes, poires, noix, cerises), le poinçon d’huile de noix, la toile et le chanvre, la charrette de gros verres, les fromages vachelins (ancêtre de notre Comté), l’oingt, le seing et autres graisses, l’oiseau de proie, les pots et chaudières tant d’airain que de cuivre, l’arnat (harnachement) d’un cheval de chariot, la fermente d’un char ferré à neuf ! L’homme portant et étant chargé d’aucune denrée, quoi que ce soit, doit trois deniers et un homme portant un chapeau en main, l’ayant acheté, doit un denier.
Ces listes hétéroclites tiennent de l’inventaire à la Prévert, des petites annonces de Pierre Dac ou encore du sketch « La tombola » des Frères Ennemis… tout cela dans un langage pittoresque, savoureux, parfois non dénué de poésie.
o Au tarif du péage d’Augerans il est fait mention de paiements au pont de Bermont, à La Loye, Chalamont et Pontarlier. On y précise que faucons et autres oiseaux ne doivent aucune chose, heureuses petites bêtes ! De même le vin, froment et autres graines.Outre certaines rubriques déjà mentionnées à Joux, il est prévu des paiements pour tout fardeau de quelque marchandise que ce soit liée de cordes et mailles, chaque chariot chargé de lahon, gréaux, boites, sapines, barils et autres espèces de fusteries de bois de sapin, le mortier de pierre, tout mercier passant portant balle, la douzaine de peaux de bêtes surannées, la grosse bête, la chèvre chargée d’huile d’olive, les balles de figues, d’amande, de gingembre et autres épices, le panier de marchandises mené sur chariot, la bousse de poissons vifs, le cent d’étain ou de plomb, la balle de patenôtres (chapelets), peignes et autres futailles, le tonneau de choux, le muid de verieux, de miel ou huile, la douzaine de bandes de fers à ferrer un chariot, le cent de cire ou oyen. peage_augerans_c-vrac-96-001_pt.jpgtéléchargez le document
o Le paiement se faisait en sols (12 deniers), deniers estevenants, gros (un sol et demi), blancs (soit trois engrognes) et engrognes (un denier et demi), monnaies du comté de Bourgogne. Il peut même arriver qu’on règle en nature : la charrette de verre commun (à boire) se paie six verres à Joux et deux à Augerans !
L’histoire ne dit pas s’il y avait des bouchons pour passer ces péages, mais sans carte bancaire ni abonnement, avec des tarifs si complexes et pour peu que les contrôleurs soient un tantinet tatillons, nous pouvons l’imaginer - surtout en période d’affluence, au moment des grandes foires par exemple !

 

 Sources : Archives départementales du Doubs, C VRAC bureau des finances 96.  

 

 

 Retour vers d'autres courts-métrages linéaires