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Salle de lecture

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Les réformes oui, la chienlit non !


     Dans le contexte d’opposition au plan Fouchet (réforme de l’université), se déroulent à Paris des violences entre étudiants et forces de l’ordre. À leur suite, l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) appelle à une grève générale et illimitée à partir du 5 mai. En réponse, les militants de l’Association générale des étudiants bisontins (AGEB), proche de l’UNEF, également soutenus par l’Union des étudiants communistes, organisent la grève dans les différentes facultés de Besançon.





o Le 9 mai 1968, le Recteur de l’Académie de Besançon rend compte au cabinet du Ministre de l’Éducation nationale de la situation dans l’enseignement supérieur. D’emblée, deux ensembles se dessinent. Aux facultés des lettres et des sciences où les grévistes sont majoritaires s’oppose la faculté de médecine où il n’y a « aucun gréviste, ni parmi les étudiants ni parmi les personnel enseignant » (sic), tout comme au Collège de droit.

o Le même jour, à Besançon, les étudiants non-grévistes, majoritairement issus des facultés de droit, de médecine et des sciences naturelles, ont décidé de faire entendre leur voix. Pour cela, à l’instar de leurs opposants, ils utilisent sans complexe les moyens à leur disposition. Par l’entremise d’un tract intitulé en latin « quo usque tandem, UNEF, abutere patientia nostra » -qui peut se traduire par « jusqu’à quand, UNEF, abuseras-tu de notre patience ? » - et « humblement » signé « les étudiants bisontins », ils posent leurs revendications : « À un mois des examens [les étudiants] ont droit aux cours. ». Soucieux de leur avenir, ils ne veulent pas que les examens soient boycottés. Ces revendications ne sont-elles pas surprenantes alors que les facultés de droit et de médecine ne sont pas touchées par la grève ?
Par ailleurs, les auteurs du tract accusent l’UNEF d’être noyautée depuis le début du mois de mai par les trotskistes et surtout de ne pas être représentative. Sur 7 000 étudiants bisontins seuls 300 seraient membres de l’UNEF (soit 4 %).

Ainsi, ces opposants en appellent-ils à une contre-manifestation le 9 mai à 18 h 30 pour faire face au rassemblement organisé par l’AGEB. La rue sera donc le lieu de rendez-vous pour mesurer les forces en présence et montrer que l’UNEF n’est pas représentative ! Mais c’est oublier que l’adhésion ponctuelle à une cause n’implique pas pour autant l’adhésion au syndicat qui la porte. C’est ainsi qu’au soir du 9 mai, les rangs des « étudiants bisontins » atteignent difficilement 250 participants alors que ceux de l’AGEB dépassent les 700. L’épreuve de force n’aura pas lieu.

     Dans leur face-à-face pacifiste, les cortèges se contentent d’une bataille de slogans et de bons mots au terme de laquelle ils s’accordent en scandant les uns et les autres « Liberté d’expression ». Liberté d’expression largement saisie, qui a conduit à l’invention de nombreux slogans originaux, dont certains sonnent dorénavant comme la marque de fabrique de Mai 68.

 

 Sources : Archives départementales du Doubs, 1242W66 ; 2377W165 ; 27JL1968/2.


 

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