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Salle de lecture

Administrées par le Département du Doubs, les Archives départementales sont installées depuis 1986 dans le quartier de Planoise, dans un bâtiment fonctionnel et spacieux à quelques minutes du centre de Besançon.

Les Archives sont ouvertes librement à toute personne souhaitant effectuer des recherches ou simplement rechercher une information.

Chansons et chansonnettes gaillardes et guillerettes

Les fonds d’archives recèlent parfois des documents insolites. C’est ainsi par exemple que le récolement des fonds de la Commission et du Bureau des finances de l’intendance a permis d’exhumer, sous la cote provisoire C vrac 44, quelques petits feuillets contenant diverses chansonnettes grivoises ou à boire. Ces pièces non datées étaient mêlées à des documents très divers produits entre 1712 et 1740 : pièces de procédure éparses concernant des affaires de vagabondage instruites par la prévôté de la maréchaussée, comptes, états de frais et inventaires du greffier de la maréchaussée, également greffier de la Commission.

o Comment se sont-elles retrouvées à cette place ? Mystère, car elles n’ont pas de rapport avec les autres affaires de la liasse. Le greffier s’est-il encanaillé à écrire ces chansonnettes - ou bien circulaient-elles sous le manteau ?
La date probable de ces textes (1725-1730) correspond au tout début du règne personnel de Louis XV, juste après la Régence, période propice à l’épanouissement du libertinage et à la circulation de propos audacieux et hardis.

Deux de ces documents (nos 2 et 4) sont reproduits ici.
Les autres peuvent être découverts aux Archives.
Pour vous mettre en appétit,
voici quelques citations
choisies :

o Document n°1 : feuillet double, chanson que l’on pourrait intituler Pour voir, sept couplets.
« Autrefois sur mon flageolet /
joyeux faiseur de chansonnettes /
de colette et de colinette /
j’ay célébré les amourettes /
chantons encore ces amours-là /
pour voir un peu comment cela sera
»




o Document n°2 : feuillet double.
Noël de cinq couplets...
Cliquez à côté
pour découvrir
le document en entier !



o Document n°3 : feuillet double, petit format, trois chansons,
   √ tout d’abord : « Chanson sur l’air Vous m’entendez bien » en hommage à la belle Jeanneton « C’est à vous belle Jeanneton que j’adresse cette chanson », quinze couplets.
   √ Puis une chanson en six couplets empreinte d’une douce poésie champêtre : « Tout ce qui respire / se doit enflammer / laissons-nous charmer / heureux qui soupire / ce sont les amours qui font les beaux jours / ».




   √ Et une chanson à boire plus « politique » en cinq couplets :
« Amis saisissons nous des pots / pour boire à qui nous aime / dans ce règne affreux des impôts/ ma frayeur est extrême / que sur nos coupes quelques marants / n’enlève le dixième
Grand roy qui des agioteurs / rends le vermillon bleu / des lois augmente la rigueur / c’est la justice même / ce qu’au moins de voleurs / on prend le dixième »


Allusion à l’impôt du dixième, instauré en 1710 à titre temporaire en réponse à la disette de 1709. S’ajoutant à une fiscalité déjà bien lourde, il était particulièrement impopulaire.


o Document n°4 : feuillet simple petit format.
Quatre chansons à boire  très courtes d’un ou deux couplets :

« Cher camarade /
buvons une rasade /
pour dissiper notre chagrin…
»
« Buvons mes chers amis
buvons /
à la santé des vignerons…
»
« Quand on boit
à sa maîtresse /
tous vins sont délicieux…
»


Et une chanson à danser, contant l’histoire d’une jeunesse de 15 ans que ses parents donnent à marier à un vieillard.
La situation n’était pas rare à l’époque : ainsi Sophie de Ruffey, qui fut la maîtresse de Mirabeau, a été mariée à 17 ans au marquis de Monnier, de 49 ans son ainé !


« Dans ma quinzième année / j’attendais un époux …
Mes parents m’ont donnée / à un vieillard jaloux qui entend l’hyménée / comme à ramer des choux…
Sa puissance est bornée / à serrer mes genoux / jamais sa main fanée / ne s’égarera dessous…
Jamais au lit menée / n’entendis que sa toux / jamais dans la journée / ne ferma le verrou.
»


o Document n°5 : feuillet simple petit format, ne comportant pas moins de onze couplets assez enlevés
sur les mœurs, un peu libres, de « dame » tour à tour facile, contente, nitouche, modeste,
commune, éveillée, fringante, commode, accroupie, coquette ( ?)

et un dernier sur le pucelage

« un pucelage est un oiseau léger
qui de la cage veut toujours s’envoler…
»


Ces modestes chansonnettes, sans grands échos probablement, constituent un petit témoignage,
un reflet de la vie de la société française de la première moitié du XVIIIe siècle.
Rien ne permet de penser en effet qu’elles furent écrites à Besançon ou même en Franche-Comté. Intégrées à un fonds où elles auraient eu plus logiquement leur place, parmi des saisies policières ou dans un fonds privé par exemple, elles apporteraient encore plus d’informations. Tel est le malheur des archives déclassées : loin de leur contexte, elles perdent une grande partie de leur sens…


 

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