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Salle de lecture

Administrées par le Département du Doubs, les Archives départementales sont installées depuis 1986 dans le quartier de Planoise, dans un bâtiment fonctionnel et spacieux à quelques minutes du centre de Besançon.

Les Archives sont ouvertes librement à toute personne souhaitant effectuer des recherches ou simplement rechercher une information.

« Tout compte fait »


Il commence le 21 octobre 1869. Ce jour-là, de nombreuses dépenses sont réalisées parmi lesquelles on trouve un fourneau, une cuvette et une robe en flanelle ainsi que 3 paquets de chicorée. Le 23, soit deux jours plus tard, la sage-femme est payée : 6 francs. Une naissance a eu lieu dans le foyer.

o Était-ce la raison de toutes ces dépenses ? La chicorée était-elle destinée à la sage-femme ou à la parturiente ? Aux deux peut-être ? La robe de flanelle était-elle pour cet enfant à naître ? Les dépenses consécutives à la naissance de l’enfant se poursuivent sur la fin de l’année : « sirop de dentition » le 18 novembre, « souliers pour enfant » et un « petit bonnet d’enfant » respectivement les 9 et 12 décembre. L’enfant grandit, en juillet 1870 de nouveaux souliers lui sont achetés. Le mois suivant, en août, on apprend que le rédacteur part « pour la Mobile ». La guerre de 70 vient d’éclater ; les choses changent : le même mois l’enfant devient « la petite » et se voit offrir une robe et du sirop de dentition (le 23). En octobre, une « assiette à la petite » est achetée ; est-ce pour son premier anniversaire ? La petite grandit, elle reçoit une poupée en avril 1871 et se fait vacciner le 28 mai 1871 : on apprend alors qu’elle s’appelle Gabrielle…

o Ce registre de comptes domestiques dresse par le menu la consommation d’une « famille bourgeoise » dans la deuxième moitié du XIXe siècle et témoigne notamment de son goût pour les produits exotiques comme le café, le chocolat, le sucre. Il nous livre aussi ses pratiques (paiement des chaises à l’église, prodigalités, loterie, abonnement au journal La République puis à L’Union franc-comtoise, sorties) et dépeint les modes de l’époque (photographies, chapeau panama, espadrilles, cravate Lavallière, héron empaillé…).
Ses lignes dévoilent également l’équipement progressif du ménage (fourneau, horloge sculptée, assiettes de porcelaine, petite cafetière, soupière en porcelaine, brûloir à café, lampe à pétrole, piano, réchaud, lit en fer…), les modes de déplacement et les destinations. Il rend compte en outre de l’organisation socio-économique qui gravite autour d’une telle famille : émolument et étrennes à la bonne, au garçon d’écurie, au facteur, paiement des journées de lessive, de repassage ou de jardinage, droits d’affouage, achat des plombs pour la chasse et du permis. On peut aussi y deviner le tissu économique du département pour cette époque. En effet, on ne se rend pas à Septfontaines, Levier, Ornans, Pontarlier ou Besançon pour les mêmes raisons, pour les mêmes achats. Enfin, telle une mercuriale, il nous livre précisément les prix de tous ces produits, denrées et services.

Finalement, derrière son apparence austère, ce petit registre de compte composé d’une succession de lignes de dépenses précises et sèches prend une tout autre dimension si l’on veut bien s’y attarder. Au fil des jours et des dépenses qui y sont annotées, ce sont 15 ans du quotidien d’une famille de notables installée, semble-t-il, aux environs de Septfontaines qui nous sont dévoilés tel le décor d’un roman de Guy de Maupassant.

 

 Sources : Archives départementales du Doubs, 1 J 834.  


 

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