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Salle de lecture

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Henri fait de la résistance


D’abord frappé.e par le portrait en noir et blanc d’un jeune garçon, souriant, bien coiffé et endimanché, ce n’est qu’ensuite que l’on remarque les mots d’adieux collés autour du cliché. Une question nous brûle alors les lèvres : que lui est-il arrivé ?

o Piqué.e par la curiosité, on revient en arrière et on commence à lire la longue lettre dactylographiée attachée au portrait. L’auteur nous parle de son « très cher et très regretté petit ami » dont on découvre dès lors l’identité : Henri Fertet. Cette lettre déroule l’histoire de deux jeunes étudiants militant pour une France libre durant l’occupation du pays par l’Allemagne lors de la seconde guerre mondiale, qui vont nouer amitié lors de leur incarcération dans deux cellules mitoyennes. En 1943, dans la prison de la Butte et durant sept semaines, les jeunes hommes font connaissance malgré le mur qui les sépare et la surveillance des gardiens allemands. En dépit du froid, des coups et des privations de nourriture, les deux garçons sont intarissables et bravent jour après jour l’interdiction de communiquer. On apprend qu’Henri faisait partie de la Résistance, dans un petit groupe appelé « Guy Mocquet », et a mené plusieurs missions contre les Allemands. Plus que cela même, Henri était à la tête du groupe et avait quatre hommes sous ses ordres. Peu lui importait que ce soit sans doute l’un de ces quatre-là ou un autre de ses camarades qui l’ait dénoncé.




o Par ses lignes, l’auteur dessine le portrait de celui qu’il surnomme affectueusement « Riri », dans lequel il révèle sa piété et sa vocation de devenir prêtre et de rester aux côtés de sa famille. C’est aussi le portrait d’un chef d’une loyauté exemplaire, qui ne trahit jamais le nom des autres membres de la Résistance et supporte les interrogatoires avec abnégation. Mais le jour du jugement d’Henri arrive rapidement. Durant quatre jours, du mercredi 15 au samedi 18 septembre 1943, le jeune résistant passe ses journées devant un Conseil de guerre qui le condamne à mort. L’auteur s’indigne de cette décision injuste et cruelle, alors même qu’on lui annonce sa libération prochaine. Mais Henri le rassure, il est prêt à « regarder la mort en face ». Les derniers jours que les deux amis passent ensemble sont les plus durs. Henri subit la vengeance d’un gardien, ami du douanier allemand qu’il a mortellement blessé en essayant de lui subtiliser ses armes et son uniforme. Mais peu lui importe, Henri « a la conscience en paix ».

o Le vendredi 24 septembre, l’auteur est libéré mais profondément déchiré de devoir abandonner son ami. Cependant, Henri lui a confié la mission d’aller faire ses adieux à sa famille et de lui transmettre tout ce qu’il n’a pas pu leur dire dans sa dernière lettre. Le dimanche 26 septembre, Henri Fertet est fusillé à la Citadelle avec 15 autres condamnés, alors qu’il a à peine 17 ans. L’auteur s’acquitte de sa mission auprès de la famille de son ami en lui rédigeant cette lettre, témoignage de « l’insigne honneur que fut pour [lui] celui d’avoir connu, et d’avoir eu pour ami [leur] très cher petit Riri ».

Document rare, ce récit d’incarcération de deux jeunes gens pendant les années noires, l’est plus encore car il concerne Henri Fertet, martyr et symbole bisontin de la Résistance. Découverte lors du classement des archives du lycée Victor-Hugo de Besançon, la lettre a été transmise au lycée par les parents d’Henri à l’occasion d’un projet de livre d’or en l’honneur du personnel et des élèves morts durant la seconde guerre mondiale.

 

 Sources : Archives départementales du Doubs : 1564W67, 6Fi25056/AA/90.


 

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