ous sommes au XIIe siècle, dans la basse vallée de l'Ognon. Deux communautés se font face, de part et d'autre d'un gué : Pin et Émagny. On pourrait croire que la rivière, large à cet endroit, les sépare assurément. Mais non : avec d'autres, elles forment la poesté de Pin, institution judiciaire médiévale.

Vers le milieu du XVe siècle, un pont est établi sur le lit principal de l'Ognon. Il remplace la barque qui permettait jusque-là d'assurer le passage de frets locaux ou transrégionaux de Langres à la Savoie. En temps normal, la rivière se fait paresseuse et tournicote lentement. Mais elle a la crue facile et très large, alors dès 1504, on surhausse la chaussée et on construit une nouvelle arche qui enjambe un des bras inondables : le creux Renaud.

Ainsi les liens entre les deux rives sont-ils renforcés. Pin fait figure de gros bourg et est centre paroissial avec deux villages sous sa tutelle, Émagny et Moncley. À partir de la fin du XVIIIe siècle, cette communauté est démantelée. En 1770, Moncley obtient son autonomie religieuse, puis, en 1790, Moncley et Émagny sont dévolues au département du Doubs quand Pin devient haute-saônoise.

Reste que notre pont a gardé sa morphologie. Il a acquis une certaine solennité en marquant l'entrée du département de la Haute-Saône. Et les platanes qui longent la route au sortir du pont font comme une haie d'honneur jusqu'à la mairie et à l'église de Pin.