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n novembre 1777, c'est l'hécatombe à Allenjoie. Le village est victime d'une épidémie en cette fin d'année. Aussi, devant le nombre de malades dans la communauté, le conseil décide de faire venir un physicien et un chirurgien pour diagnostiquer la maladie mais également pour « apporter des soins et secours aux malades, si tant est qu'ils veulent bien les recevoir ».
Quand le physicien Berdot et le chirurgien Parrot arrivent à Allenjoie le 19 au matin, ils dénombrent 29 malades souffrant d'une « espèce de fièvre catarrhale inflammatoire ». Les hommes de science concluent heureusement que cette maladie n'est pas contagieuse. Commencent alors les investigations pour en connaître les causes. Menant leur enquête épidémiologique, les deux hommes « observ[ent] que cette maladie n'a attaqué que les sujets domiciliés sur la partie orientale et dans les environs de l'église. ». Plan à l'appui, ils expliquent que « la principale fontaine du village se trouve située au bas d'une partie du cimetière où l'on enterre depuis quelque tems le plus grand nombre des morts et où il se trouve nombre de fontenis qu'on a même vu se répandre dans les cercueils, d'où l'eau filtre de nouveau dans la fontaine ce qui a rendu l'eau fort fœtide pendant plusieurs jours, de façon qu'on ne pouvoit user de cette eau qu'avec répugnance ».
Bien que la consommation de l'eau de la fontaine ne soit pas rendue directement responsable de cette épidémie, nos scientifiques mettent en garde la communauté sur les dangers de boire l'eau de la fontaine, polluée par les eaux de ruissellement en provenance du cimetière. Ce cas, qui n'a rien d'exceptionnel, témoigne qu'à cette époque déjà, intuitivement, existait l'idée que l'eau souillée peut être impropre à la consommation et transmettre des maladies. Il faut toutefois attendre le milieu du XIXe siècle pour que les découvertes scientifiques viennent confirmer cette intuition. C'est d'ailleurs à la même époque qu'apparaît le mot pollution dans son acception contemporaine. Dès lors, les pouvoirs publics s'emparent de cette question et mettent en place des bureaux d'hygiène et contrôle. Les analyses bactériologiques de l'eau deviennent systématiques dans toutes les communes à partir de 1892, date de la dernière grande épidémie de fièvre typhoïde en France.
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