près Saint-Hippolyte, le Doubs forme un dernier lacet vers le nord puis retrouve la direction de la Saône. Dans cette partie, la rivière est montbéliardaise jusqu'à Blussans, et si elle devient frontière, c'est qu'elle coule dans un pays partagé entre deux grandes mouvances. Le comté de Montbéliard est une terre d'Empire tournée essentiellement vers l'ouest. C'est un pays de langue française avec à sa tête un prince allemand. C'est enfin un îlot luthérien au milieu de calvinistes et de catholiques.

À Voujeaucourt, existe un pont sur le Doubs qui fait le lien entre ces deux mondes. L'ouvrage a été décrit par Heinrich Schickhardt en 1607. Il a six arches, qui sont précédées sur la rive droite par une tour. Cet ouvrage fut édifié à l'instigation de Frédéric Ier de Wurtemberg, à l'occasion de la restauration du pont détruit en 1587-1588 par les troupes du duc de Guise.
Humaniste et bon gouvernant, Frédéric Ier soutient l'économie de ses États. Le pont douanier de Voujeaucourt ouvre la principauté aux flux commerciaux rhodaniens conduits par les « Laftwagen » ou chars de Lyon. Sur l'affiche, on lit bien la taxation décroissante des divers « allans devans passans et repassans » : il s'agit surtout d'imposer l'importation de produits agricoles et de matières premières. À la fin sont cités tous les exempts, dont les privilégiés nobles ou ecclésiastiques et certains officiers. On y compte aussi les sujets montbéliardais quand ils utilisent le pont en bons pères de familles.

Il est à noter que le pont est édifié en amont d'un ancien gué qui est encore en activité sous la Roche de Bavans – situation concurrentielle prise en compte dans les articles XVII et surtout XXII.