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Salle de lecture

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Comité contre Comité


Si l’on voit souvent mai 68 comme un affrontement entre la jeunesse et le pouvoir gaulliste, d’autres lignes de fracture traversent le camp contestataire. La lutte d’influence déjà ancienne entre le Parti communiste français (PCF) et les différents mouvements d’obédience gauchistes (d’inspiration trotskiste, maoïste, castriste ou tout simplement anarchiste) est évidente pendant toute la durée de la crise.


Télécharger la proposition du CA

o À Besançon, notamment, cette lutte a abouti au début des années 1960 à la mainmise des trotskistes (Comité de liaison puis Fédération des étudiants révolutionnaires, Jeunesses communistes et révolutionnaires) sur l’Association générale des étudiants bisontins (AGEB), aux dépens des étudiants communistes. Ce sont pourtant des étudiants et enseignants maoïstes qui vont incarner le mouvement de la manière la plus visible en fondant, dès la mi-mai, le Comité d’action de la faculté de Lettres (CA), obligeant même l’AGEB à reconnaître son affiliation à celui-ci dans un tract du 29 mai.
En opposition avec le principe du syndicat et de fonctionnement plus souple que celui-ci, le CA veut représenter tout le mouvement et pas seulement les étudiants ou les enseignants encartés. Contre le principe de la représentation syndicale ou politique, il défend ainsi une démocratie directe, participative dirait-on aujourd’hui, fondée sur une assemblée générale quotidienne. Ses membres et ses partisans espèrent élargir la lutte et rallier les différents mouvements d’opposition : c’est le sens de la main tendue par les étudiants aux ouvriers, souvent en vain mais parfois avec succès (notamment dans les usines dépourvues jusque-là de culture syndicale).


Télécharger le tract du CEUD

o À la fin du mois de mai, des étudiants (souvent communistes, mais aussi parfois sans conviction voire gaullistes) créent le Comité étudiant pour une université démocratique (CEUD), pour contrebalancer l’influence des « agités » du CA et recentrer les revendications sur la réforme de l’Université (cogestion, réduction du poids des cours magistraux, allocation d’étude, création d’IUT, de labo, de locaux, de logements, etc.).
Opposé à l’idée de révolution (notamment parce que le PCF estime que les conditions ne sont pas réunies) et au boycott des examens, il est parfois surnommé le « comité des enfants sages » par le CA. Ces deux frères ennemis sont présents dans les locaux de la faculté de Lettres pendant toute la durée du mouvement et règlent leurs différends par tracts interposés.

o Le 10 juin, le CEUD et l’Intersyndicale (ou Comité intersyndical de grève), qui rassemble des syndicats enseignants plutôt influencés par les communistes et hostiles à la contestation non maîtrisée, se réunissent pour créer un Comité provisoire de gestion (CPG), surtout tourné vers la mise en place de la cogestion de l’Université et, dans l’immédiat, préoccupé du fonctionnement de celle-ci jusqu’à la rentrée de septembre 1968 (mission confirmée par le Conseil de l’Université).
Le CPG organise donc le 13 juin des élections de représentants (étudiants, personnels et enseignants) au Conseil de l’Université, boycottées par le CA, qui refuse ce retour à la normale, incarné notamment par l’organisation d’une session d’examens et la fermeture des locaux universitaires à partir du 11 juillet.

Télécharger la réponse du CA au CEUD


À l’image de toute la crise de mai-juin 1968, cette guerre des comités se termine donc par la victoire du réformisme. La primauté des intérêts universitaires, la difficulté à provoquer une agitation plus large et l’absence de rupture franche entre le CA et les syndicats (au grand dam des Parisiens du Mouvement du 22 mars, par exemple) n’ont pas permis à l’imagination de prendre vraiment le pouvoir.


 Sources : Archives départementales du Doubs, 2377W165, 1J596, 1J600.  


 

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